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La Vie du Collectionneur

Masureel / Nieuws

01/04/2020

LA VIE DU COLLECTIONNEUR

GUY VERSTRAETE s’attache à faire converger son entreprise, Masureel, les artistes qu’il collectionne et ceux auxquels il commande des créations.

- TEXTE & PHOTOS : JOHAN FREDERIK EL GUEDJ

D’abord un collectionneur

Depuis 1520, la famille de Guy Verstraete est établie à Hulste, dans la région de Courtrai : l’arbre généalogique orne un mur des bureaux de la société Masureel qui dessine, fabrique et diffuse à plus de dix mille clients dans le monde ses papiers peints d’un raffinement rare, qu’il a reprise et relancée en 1989. Guy Verstraete est aussi (faut-il écrire ‘‘d’abord’’ ?) collectionneur. La pointe émergée de sa collection est installée dans ses bureaux. Dès l’entrée, un Parmiggiani, maître de l’Arte Povera, s’impose : composition d’une enclume, socle d’une de ces grandes feuilles tracées de fumée dont l’Italien a le secret. A quelques pas, dans le couloir menant à son vaste bureau, un second Parmiggiani côtoie un dessin de Paul McCarthy, figure aux rondeurs survoltées, mélange de Popeye et de clown-orchestre. Enfin, dans le bureau aux longues baies vitrées qui cadrent l’herbe et le ciel, des oeuvres éparses, le Chéri Bibi de Max Ernst (« l’un des rares qui ait manié l’expressionnisme et l’abstraction »), Christian Dotremont (Du bleu qu’il en pleut, qu’il met en résonance avec cette phrase de Paul Claudel : « Ce n’est pas une couleur, mais le souvenir, d’une couleur »). Il suit aussi des artistes en plein essor, les Belges Margot Veeckman et Sofie Muller ou la jeune Portugaise Joana Escoval et « ses fils de cuivre qui flottent au vent ».

On ne peut collectionner sans connaître notre passé fondateur : le début du XXe siècle.

Guy Verstraete

Le poète est un four

A l’épicentre, sur la table, sont empilés cahiers, feuilles de Canson ou vélin et carnets de notes qui nourrissent son livre futur, son empreinte de collectionneur, qui se sent moins à l’aise avec le catholicisme flamand friand d’images votives qu’avec le protestantisme d’essence hollandaise d’un Mondrian, qui s’est écarté de la représentation. Ce livre-parcours s’intitulera Du réel à la réalité. « Le poète Pierre Reverdy disait : “Le poète est un four à brûler le réel”, phrase devenue le thème de ma vie depuis mon adolescence : quitter le réel pour le transformer en réalité. C’est le cheminement de Malevitch (“A présent, le chemin de l’homme se trouve à travers l’espace”), que j’associe dans mon livre à venir au futuriste belge Jules Schmalzigaug. » Il tourne les pages émaillées d’une constellation de dessins et de mots, en résonance avec les pièces de sa collection, cernant sa vision du collectionneur, de l’artiste et de l’oeuvre qui gravitent dans trois cercles et partagent un noyau. « Des trois, seule l’oeuvre reste. » Freud nous dit : sans l’artiste, pas d’oeuvre. A l’opposé, Lacan soutient : « Oublions l’artiste, seul l’objet compte ».

 Au détour d’une page, une lettre de Claudio Parmiggiani à Guy Verstraete, qui invoque Cocteau et Le Sang d’un poète : « On ne peut collectionner sans connaître notre passé fondateur : le début du XXe siècle. » Il admire Van Anderlecht (« surtout ses dessins, moins ses peintures ») qu’il a beaucoup acheté, ou Nicolas de Staël, dont il possède un dessin de 1945, « année de son entrée dans l’abstraction », mais de tous, c’est Broodthaers qui « a le regard le plus large ». Réminiscence de sa vidéo de 1969, La Pluie, où il se filmait écrivant sous une pluie torrentielle, l’un des pages de son livre futur a elle aussi reçu les gouttes célestes : «Je remercie la pluie, cette pluie fine et raffinée, effaçant les mots que j’utilise pour décrire mes rêves que je n’aime pas mettre à nu. » Il achève : « La vérité est dans ce que l’on ne comprend pas ».

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